Dans la constitution de leur collection, Pierre et Denise Lévy ne s’arrêtèrent pas seulement aux beaux-arts. Ainsi les arts décoratifs, dans leur renouveau au 20e siècle, y trouvent une place singulière. Les verreries de Maurice Marinot, verreries Art déco (plus de 160 pièces de 1912 à 1937) qui forment par ailleurs une exceptionnelle collection, dévoilent le travail tout à fait novateur de cet artiste d’origine troyenne et ami des donateurs. A noter encore, quelques céramiques de Emile Lenoble, André Metthey, ou de l’atelier de Madoura-Vallauris avec une pièce de Picasso.

La collection s’est enrichie, au fur et à mesure de l’histoire du musée, avec des pièces textiles de Derain, rejoignant ainsi la remarquable tapisserie de Matisse, déjà présente et d’autres céramiques notamment de Mare, Metthey et Vlaminck. En 2011, à la faveur de la donation d’Isabelle Monod, en mémoire de son époux le verrier Claude Monod, un important ensemble d’une quarantaine de verreries vint compléter le fonds en regard de Marinot que ce verrier contemporain admirait tant.

L’ensemble de ces pièces, à l’image de l’intérieur des Lévy, voisine avec les peintures et sculptures de la collection.

Maurice Marinot (1882 – 1960) « Ensemble de verreries », 1920-1930
Donation Pierre et Denise Lévy, 1975

Maurice Marinot, « magicien du verre »

Né à Troyes en 1882, Maurice Marinot étudie à l’Ecole des Beaux-arts de Paris, dans l’atelier de Cormon, suivant de peu Henri Matisse, Auguste Chabaud ou Jacques Villon. Il expose plus tard avec les fauves à l’occasion du célèbre Salon d’automne de 1905. Quelques années après, il s’ouvre à d’autres horizons en se lançant dans la décoration émaillée de verrerie. Il multiplie les recherches techniques sur les procédés d’émaillage et collabore avec André Mare et les frères Villon à la décoration de la Maison cubiste, présentée dans le cadre du Salon d’automne de 1912.  Associé au renouveau de l’art décoratif  français, son travail de maître verrier fait rapidement l’unanimité de la critique et des collectionneurs.

Marinot poursuit ensuite son œuvre verrier jusqu’en 1937, date de la fermeture de la verrerie de Bar-sur-Seine qui accueille son atelier. Sa production, d’une grande variété d’effets, de couleurs, de matières et de techniques, ouvre sa discipline à une forme d’alchimie qui associe les vertus du feu, de l’eau, de la terre et de l’air. A la découverte de cette œuvre, l’expression du critique Guillaume Janneau, fervent défenseur de cette dernière, prend tout son sens : « Marinot, ce magicien du verre »

Par l’étendue de son œuvre polymorphe, comprenant peintures, dessins, verreries, Marinot représente le fonds le plus important du musée avec un millier d’œuvres.

Claude Monod, le verre contemporain

Ensemble d’oeuvres de Claude Monod (1944-1990).
Donation Isabelle Monod, 2011

Connu pour son importante collection d’œuvres du maître-verrier et peintre Maurice Marinot, c’est tout naturellement que la donation reçue en 2011 s’oriente vers l’art du verre. Elle concerne l’œuvre de Claude Monod, grand maître verrier contemporain avec quarante-huit pièces. Ce don consenti par son épouse, Isabelle Monod, est complété par l’acquisition de cinq pièces de sa propre production.

Claude Monod fait figure de pionnier parmi les artistes qui ont assuré la renaissance et le renouveau des ateliers indépendants d’art verrier, en France pendant la seconde moitié du vingtième siècle. Fils d’Eloi Monod, fondateur de la Verrerie de Biot, Claude a lui-même dirigé la verrerie, pendant six ans, avant de créer l’atelier du Touron avec sa femme Isabelle. Tous deux ont développé le principe d’une recherche artistique en se basant sur la qualité du matériau employé (un verre pur et limpide) et l’expérimentation d’un décor complexe composé à plat avant le soufflage et appliqué à chaud (baguettes, fragments de bulles soufflées, cordons, tissu de verre…), un décor riche et délicat qui révèle dans la profondeur du verre des paysages abstraits, des gammes de couleurs somptueuses qui poussent le verre jusqu’au paradoxe en lui donnant l’apparence de l’onyx, l’éclat nuancé des gemmes, du porphyre, du métal… A l’occasion de ce don, une pièce commandée spécialement par la Société des amis du musée d’art moderne à Isabelle Monod, a été offerte au musée.

Cet ensemble apporte un nouveau regard sur la création verrière contemporaine et est un pendant intéressant aux créations modernes de Maurice Marinot.

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